Par Ian Gormely

19 octobre 2020

Jennifer Arnold avait connu deux décennies de succès dans les secteurs de la finance et du divertissement lorsqu’elle a choisi de tracer sa propre voie. En 2018, elle a cofondé MinervaAI, une entreprise spécialisée en technologies de la réglementation qui utilise le traitement du langage naturel et la vision par ordinateur pour automatiser la collecte de données afin d’analyser la gestion des risques. Mais après avoir construit un produit minimum viable, ses cofondateurs et elle ont décidé de demander de l’aide pour développer leur entreprise.

“Lorsque vous entrez dans une entreprise, vous profitez de tout le travail qui a été fait avant votre arrivée. Il y a déjà toute une infrastructure, dit-elle. Mais dans une entreprise en démarrage, vous partez de zéro.”

Exploiter une jeune pousse avec succès peut constituer un défi même pour les entrepreneurs les plus chevronnés, et les meilleurs savent quand ils doivent aller chercher de l’aide à l’extérieur de leur entreprise. C’est pourquoi, malgré la somme de leurs expériences, l’équipe de MinervaAi s’est tournée vers Next AI pour être orientée dans le monde particulier des entreprises innovantes en démarrage.

Lancé en 2017, le programme accélérateur Next AI est issu d’une initiative d’affaires de NEXT Canada qui vise à faire croître et à soutenir l’écosystème des jeunes pousses en IA de Toronto. “C’est comme si on vous enfonçait un mini MBA dans le crâne en seulement quatre mois,” plaisante Jennifer.

Après avoir traversé avec succès le processus de sélection (environ 20 équipes sont choisies parmi plus de 300 candidatures), les membres de l’équipe sont répartis en deux voies, l’une commerciale et l’autre technique, en fonction de leurs forces et de leurs faiblesses. Les participants du volet technique doivent pouvoir réaliser certaines prouesses techniques. “La réussite d’une jeune entreprise dans le domaine de l’IA nécessite d’effectuer de la recherche en IA, de la mettre en pratique et de la mettre à l’échelle,” explique Graham Taylor, directeur des études de Next AI, notamment pour le volet technique, titulaire d’une chaire en IA Canada-CIFAR et membre du corps professoral de l’Institut Vecteur. “L’équipe doit avoir les compétences techniques pour le faire.”

Parallèlement, les participants du volet commercial, dont le programme est élaboré par Ajay Agrawal, cofondateur de NEXT, professeur à l’École de gestion Rotman de l’Université de Toronto et membre associé du corps professoral de l’Institut Vecteur, doivent se démarquer par des contributions remarquables, que ce soit à l’université, dans leur milieu de travail ou sur le plan personnel dans le cadre d’expériences de vie uniques.

“Ce volet aborde tous les sujets liés aux affaires, du paysage général aux réglementations commerciales en passant par les études de cas,” explique Patricia Thaine, cofondatrice de Private AI, une entreprise de dépersonnalisation des données non structurées. Cette étudiante de l’Institut Vecteur termine un doctorat sur la préservation de la confidentialité dans le cadre du traitement du langage naturel et de la parole à l’Université de Toronto. Patricia Thaine possède une solide expérience technique, mais elle souhaitait avoir de meilleures bases en affaires. “La formation vous sensibilise aux éléments dont il faut tenir compte et aiguise votre intuition pour vous aider à prendre des décisions.”

NEXT Canada a aussi été créée afin de soutenir la commercialisation de la recherche canadienne. “Beaucoup d’investissements étaient faits aux États-Unis, rappelle Graham Taylor. Nous avions besoin d’accélérer les choses au Canada.”

NEXT Canada a contribué au lancement d’un certain nombre d’entreprises canadiennes, dont Dessa, commanditaire de bronze de l’Institut Vecteur, et Nymi, fondée par Foteini Agrafioti, actuellement chef de Borealis AI. Il était donc tout naturel d’étendre les principes du programme initial de NEXT Canada aux jeunes pousses en IA, soit d’identifier les entrepreneurs talentueux et de leur apporter le soutien nécessaire pour les aider à créer une entreprise au Canada. Depuis longtemps, le Canada détient un avantage en IA dans le monde. “En matière de science, de savoir-faire et de talent, l’IA est un domaine où le Canada se retrouve dans une catégorie supérieure,” indique Graham Taylor.

Next AI a également fait progresser le programme NEXT Canada. Alors que Next 36 s’intéresse aux étudiants et aux jeunes diplômés canadiens, Next AI accepte les candidats qui ont déjà une solide expérience professionnelle. Le programme, qui compte parmi ses anciens élèves les équipes à l’origine de Senso, de Babbly et de Feroot, est également ouvert aux entrepreneurs internationaux, à la condition qu’ils créent leur entreprise au Canada.

Next AI est financé par un généreux groupe de commanditaires, soit des entreprises et des particuliers qui souhaitent voir le Canada exploiter son riche bassin de talents en innovation. “Ces équipes pourraient bâtir quelque chose de très utile, note Graham Taylor. Beaucoup d’entre elles trouvent leurs premiers clients parmi les commanditaires du programme.”

En plus d’organiser le programme technique et d’exploiter le potentiel du corps professoral (les membres de l’Institut Vecteur et expertes en vision par ordinateur Sanja Fidler et Raquel Urtasun ont toutes deux donné des cours de Next AI), Graham Taylor fait également partie du comité qui évalue les candidatures chaque année.

Il a été impressionné par la suite d’anonymisation de Private AI qui intègre un logiciel de dépersonnalisation des textes et des images comptant seulement trois lignes de code, ainsi que par le savoir-faire technique des candidats. “J’ai aimé le fait qu’ils aient choisi de régler un problème particulier qui pourrait être utile aux gens, dit-il. Pieter Luitjens, le directeur technique, possède une connaissance des systèmes intégrés qui lui a permis de créer une variante très efficace de l’algorithme afin qu’il fonctionne sur un téléphone. Ce problème de mise en œuvre ralentit actuellement les concurrents.”

Quant à MinervaAI, l’entreprise a suscité son intérêt en raison de la combinaison unique de personnalités et d’expériences des fondateurs. “Ils semblent avoir une dynamique d’équipe très intéressante et efficace, dit-il. Jennifer et son cofondateur Victor Tay ont fait carrière dans les banques et ont de l’expertise dans ce domaine. Ils ont de très bonnes relations, et cela peut s’avérer utile s’ils doivent retourner vendre leur technologie aux banques.” Le troisième membre de l’équipe, Damian Tran, vient de terminer sa maîtrise et complète leur expérience d’affaires. “Il est très compétent et enthousiaste, et il semble pouvoir faire fonctionner les choses sur le plan pratique. C’est donc une dynamique d’équipe vraiment inhabituelle.”

L’un des plus grands avantages du programme est le sentiment de camaraderie qui se développe entre les participants. “Vous pouvez réseauter avec d’autres fondateurs d’entreprises qui partagent les mêmes problèmes et les mêmes enjeux que vous,” mentionne Patricia Thaine qui a tissé des liens avec plusieurs personnes grâce à Next AI au cours des quatre derniers mois. Jennifer Arnold abonde dans ce sens. “C’est un écosystème complètement différent de ce qu’on retrouve généralement dans l’industrie de l’IA.”

Depuis le début du programme en mars, PrivateAI a levé des fonds de préamorçage et prévoit répéter l’expérience l’année prochaine, tandis que MinervaAI a reçu 100 000 $ de préamorçage de l’accélérateur Acceleprise. Les deux dirigeantes reconnaissent que le programme leur a fourni les contacts et le savoir-faire nécessaires pour atteindre ces objectifs. “L’écosystème de l’IA est comme un grand club secret, dit Jennifer Arnold, et Next AI est une excellente porte d’entrée dans ce monde.”

Soumission de candidatures pour la session 2021 de Next AI : du 19 octobre au 13 décembre 2020.

 

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